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La BBC relance la question de la responsabilité d'Ariel Sharon dans les massacres de Sabra et Chatila
Une plainte a aussi été déposée en Belgique. Israël est choqué par ce "tribunal télévisé"
LE MONDE | 19.06.01 | 18h37
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La question de la responsabilité du premier ministre israélien, Ariel Sharon, dans les massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, en septembre 1982 au Liban, a été relancée par une émission - vivement contestée en Israël - de la télévision britannique BBC. Quasi simultanément, une plainte a été déposée en Belgique par un avocat libanais au nom de vingt-trois rescapés desdits massacres.

JÉRUSALEM de notre correspondant

Une émission de télévision contestée, une plainte pour crime contre l'humanité et une nomination inattendue : depuis quelques jours, Israël est confronté à la partie la plus noire d'un passé qui n'en finit pas de peser sur son avenir.

C'est la BBC qui a ouvert le feu en diffusant, dimanche 17 juin, une émission consacrée aux massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila, au Liban, en septembre 1982. Quelque 800 réfugiés palestiniens, essentiellement des femmes, des enfants et des vieillards, y avaient été massacrés par les milices chrétiennes, alors que Beyrouth était encerclée par les forces israéliennes. Ariel Sharon, à l'époque ministre de la défense, avait donné son assentiment à l'entrée des milices dans les camps, qu'il s'agissait de "nettoyer" de leurs combattants.

Le massacre avait provoqué une immense émotion en Israël où, quelques mois plus tard, une commission d'enquête dirigée par le président de la Cour suprême, Itzhak Kahane, avait estimé que, en ne prévoyant pas ce qui, d'évidence, allait se passer, Ariel Sharon portait "une responsabilité personnelle" dans la tragédie. Sans exiger de poursuites judiciaires, la commission avait demandé que le ministre "tire les conclusions personnelles qui découlent de la manière dont il avait manqué aux devoirs de sa charge". Quelques jours plus tard, Ariel Sharon démissionnait de son poste de ministre de la défense.

EMBARRAS DIPLOMATIQUES

L'émission de la BBC, opportunément intitulée "L'Accusé", n'apporte rien de nouveau au plan des faits, insistant surtout sur cette fameuse "responsabilité morale" qui, selon plusieurs des témoins interrogés, devrait conduire Ariel Sharon devant un tribunal pour y répondre de l'accusation de crime contre l'humanité. Lundi, le ministère israélien des affaires étrangères a vivement réagi, accusant la BBC de s'ériger en "tribunal télévisé", en diffusant des commentaires "partiaux" et "injustes".

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Proche-Orient

Il y a trois semaines déjà, la BBC avait fait l'objet d'accusations similaires lorsqu'un de ses journalistes en poste à Gaza avait prononcé quelques mots de solidarité lors d'une cérémonie organisée par le Hamas.

Pour les responsables israéliens, l'émission ne doit rien au hasard, retombée, selon eux, du conflit israélo-palestinien et des polarisations partisanes qu'il provoque au sein de l'opinion publique internationale. De fait, depuis plusieurs mois, diverses organisations militantes proches des Palestiniens étudient l'opportunité de faire poursuivre Ariel Sharon, à la lumière des procès engagés contre Augusto Pinochet ou contre les responsables des massacres balkaniques. Lundi, l'avocat libanais d'un groupe de vingt-trois rescapés des massacres de Sabra et Chatila, Me Chibli Mallat, a déposé à Bruxelles une plainte contre Ariel Sharon dans l'espoir de le faire accuser de crime contre l'humanité.

Depuis 1993, une loi belge autorise n'importe quel juge du pays à instruire les plaintes pour crime contre l'humanité ou crime de guerre, quel que soit le lieu où ils ont été commis et quelle que soit la nationalité des victimes ou des accusés. C'est ce texte qui a permis la récente condamnation de deux religieuses rwandaises, poursuivies pour complicité dans les massacres commis dans leur pays. Le ministre belge des affaires étrangères, Louis Michel, a déjà annoncé qu'il convenait de réduire la portée d'une loi susceptible de créer bien des embarras diplomatiques. "Que se passerait-il si un plaignant poursuivait devant les tribunaux belges M. Chirac qui a servi durant la guerre d'Algérie où des massacres ont été commis par l'armée française ?", expliquait un haut fonctionnaire israélien pour illustrer les risques d'une loi unique en son genre.

Israël, cependant, n'a pas besoin de la Belgique pour débusquer les fantômes du passé. A l'initiative du Comité israélien contre la torture, plusieurs organisations humanitaires tentent de bloquer la nomination de Carmi Gillon comme ambassadeur d'Israël à Copenhagen. Proche du Parti travailliste et directeur du Centre Pérès pour la paix, Carmi Gillon fut chef du service de sécurité intérieure (Shin Beth) du temps d'Itzhak Rabin. Reconnaissant les défaillances de son service, il avait démissionné après l'assassinat du premier ministre. Il est aujourd'hui accusé d'avoir couvert les techniques musclées utilisées par ses services lors des interrogatoires de militants ou de terroristes palestiniens. Après des années de batailles juridiques, la Cour suprême, l'année dernière, a interdit les techniques d'interrogatoire musclé jusqu'ici défendues bec et ongles par les services israéliens.

Georges Marion


Deux colons tués en Cisjordanie

 

Deux colons juifs ont été tués, lundi 18 juin, à l'arme automatique par des Palestiniens en Cisjordanie. Un Palestinien blessé dimanche par des tirs israéliens lors de heurts dans la bande de Gaza a succombé à ses blessures. Le ministre israélien des affaires étrangères, Shimon Pérès, a qualifié l'attaque contre les colons de "très grave attentat". "Nous réagirons en conséquence",a-t-il ajouté tout en estimant que cette attaque ne justifiait pas un renoncement par Israël au cessez-le-feu.

Ces violences sont survenues alors que des responsables de sécurité palestiniens et israéliens se retrouvaient à Tel-Aviv, sous l'égide des Etats-Unis. Selon la radio israélienne, "cette réunion s'est tenue dans une atmosphère extrêmement tendue". Pour Israël, elle devait porter sur les "violations du cessez-le-feu de la part des Palestiniens". Pour ces derniers, elle devait établir un calendrier pour le repli de Tsahal sur les positions qu'elle occupait avant le début de l'Intifada, le 28 septembre 2000. - (AFP.)

 

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 20.06.01