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Le Soir du samedi 4 août 2001 


 


 

Trois équipes spéciales pour éviter les assises à Sharon

 

AP

 

SERGE DUMONT - TEL-AVIV

Interviewée par la deuxième chaîne de télévision israélienne, Irit Kahane (la spécialiste en droit international du parquet général d'Israël chargée de suivre l'évolution de l'instruction du « dossier Sharon » à Bruxelles) a notamment affirmé que ses services avaient transmis au juge d'instruction Patrick Collignon une série de documents confidentiels relatifs aux massacres de Sabra et de Chatila, ainsi qu'aux travaux de la commission d'enquête créée à Jérusalem après la découverte de la tuerie.

Pressée de questions au sujet de Me Michèle Hirsch (l'avocate belge représentant les intérêts de l'Etat hébreu dans ce dossier), Irit Kahane a également affirmé qu'il n'a pas été difficile de la convaincre d'accepter cette affaire parce qu'elle a tout de suite compris que ceux qui ont déposé plainte contre Ariel Sharon cherchent à utiliser la loi belge à des fins purement politiques.

« Une presse belge plus hostile que jamais »

En outre, la représentante du parquet général israélien a déclaré qu'en dehors de l'avocate belge, l'Etat hébreu utilise des voies discrètes pour faire comprendre à la justice belge qu'elle n'est pas compétente.

Enfin, Irit Kahane a confirmé qu'Israël prend très au sérieux la possibilité de voir des officiers ou des ex-officiers de Tsahal (armée israélienne) arrêtés en Belgique ou dans d'autres pays de l'Union européenne en raison de leur participation à la guerre du Liban et/ou de la répression de l'intifada palestinienne. Nous nous préparons à une telle éventualité, a-t-elle en effet répondu. Nous avons mis en place une équipe spéciale de juristes susceptibles d'intervenir en urgence.

La presse israélienne continue en tout cas de suivre de très près l'évolution de l'instruction des plaintes déposées contre Sharon. Dans son supplément de fin de semaine, le « Maariv » a publié vendredi sur cinq pages l'interview de Robert Hatam (alias « le Cobra »), l'ex-garde du corps personnel d'Elie Hobeika, le chef des milices chrétiennes libanaises qui ont procédé aux massacres de Sabra et Chatila. Selon ce témoin, Hobeika a donné les ordres et Sharon ne savait rien.

De son côté, le « Yediot Aharonot » (le principal quotidien israélien, qui vient d'envoyer un de ses reporters en Belgique) affirme que la Délégation générale de l'Autorité palestinienne à Bruxelles est assaillie de volontaires qui veulent l'aider dans la procédure contre Sharon et qu'une agence de voyage belge organise des voyages à prix réduits pour les réfugiés palestiniens qui voudraient venir témoigner contre lui.

Reçu à bras ouverts par les diplomates de l'Etat hébreu en poste à Bruxelles, le journaliste écrit en outre que ces derniers se plaignent de devoir affronter une presse belge plus hostile que jamais et un public ennemi.

Dans un autre dossier intitulé « De la boue belge pour Sharon », le même journal révèle que le gouvernement israélien a demandé au Mossad de se procurer le texte de la plainte contre le Premier ministre lorsque celle-ci a été déposée et qu'il a, il y a environ trois semaines, envisagé d'expulser du pays Me Luc Walleyn (l'un des avocats belges des plaignants contre Sharon), qui rendait visite à des organisations israélo-palestiniennes de défense des droits de l'homme.

Quoi qu'il en soit, pour l'heure, trois équipes spéciales travaillent quasiment en continu au sein du cabinet de Sharon et des ministères des Affaires étrangères et de la Justice pour éviter au Premier ministre de l'Etat hébreu l'humiliation d'un renvoi devant une cour d'assises belge. A ce dispositif devrait bientôt s'ajouter un cabinet de relations publiques européen chargé de pallier les déficiences de l'ambassade d'Israël à Bruxelles en la matière.

De plus, Abraham Hirchson, un député du Likoud (le parti de Sharon) du nord de Tel-Aviv, a confirmé hier qu'il déposerait prochaine plainte contre Yasser Arafat à Bruxelles. Pour crimes contre l'humanité, a-t-il ajouté, en précisant que son équipe termine de rassembler les preuves. La plupart des observateurs doutent cependant de la crédibilité de ce député qui estime que la procédure contre Sharon fait partie d'une campagne antisémite et qui profite des interviewes qu'il accorde pour accuser le roi d'avoir fait déporter 8.000 juifs belges vers les chambres à gaz durant la Deuxième Guerre mondiale

Ariel Sharon en cause, et non l'Etat d'Israël ?

Les trois avocats des 23 personnes qui ont déposé plainte à Bruxelles contre Ariel Sharon ont introduit une requête afin d'avoir accès au dossier. Ils sont intéressés par la lettre communiquée au juge d'instruction Collignon par l'avocate de l'Etat d'Israël, Me Hirsch, qui contesterait la compétence du juge belge. Les trois avocats mettent d'ailleurs en cause la légitimité de l'intervention de l'Etat d'Israel. Selon eux, l'Etat n'est pas à la cause; c'est Sharon qui est visé. (J.-P. B.)

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© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2001

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